Du « ghetto français » à la carte scolaire
Parmi mes lectures de cet été, j’ai lu en détail le petit ouvrage d’Eric Maurin, chercheur à l’INSEE « Le ghetto français: enquète sur le séparatisme social ». Je recommande vivement cet ouvrage qui, à partir de données INSEE qui permettent de déterminer dans quel « voisinage » social culturel éducatif et économique chacun de nous réside, montre les forces de ségrégation à l’ouvrage, qui toutes ont la particularité d’aller « de haut en bas »: les « riches » se regroupent, puis les catégories moyennes, puis etc.. chacun repoussant les autres « moins riches et diplomés » hors de son propre ghetto.

J’avais prévu depuis quelques temps de faire un billet sur cet ouvrage dont les implications peuvent être importantes pour les sujets qui nous interessent – je pense particulièrement au thème de « remettre en marche l’intégration républicaine » sur lequel j’ai été interpellé dans ce blog. Aprés le résumé de l’ouvrage, je profite de l’actualité et du débat sur la carte scolaire pour imaginer concrètement ce que pourrait être une mise en oeuvre des thèses d’Eric Maurin.

En résumé, Eric Maurin conclut ainsi:
« Comment lutter contre la ségrégation et les inégalités de contexte qui la caractérisent et l’alimentent ? Question difficile dans un pays ou la mixité sociale recueille les suffrages d’une écrasante majorité de citoyen, notamment parmi les intellectuels et les politiques, mais se heurte aux choix concrets et aux pratiques individuelles d’une majorité tout aussi écrasante, y compris parmi les intellectuels et les politiques. Faut il se scandaliser d’une telle contradiction ? Le « bon citoyen » qui relativement diplomé et correctement rémunéré irait s’installer par solidarité dans un quartier déshérité serait rapidement suspecté d’être un « mauvais parent ». Cette contradiction est terrible mais elle aide à mieux comprendre les ressorts cachés du séparatisme social: c’est peut être aux individus eux mêmes qu’il faut s’interesser plutot qu’aux territoires. La plupart des politiques qui depuis 15 ou 20 ans ont tenté d’endiguer le phénomène en ciblant des territoires: logement social, politiques d’accés au logement, zones franches sont en échec. Même la politique des ZEP ne présente qu’un bien maigre bilan.
Il faut tourner les politiques vers les individus. C’est en atteignant les individus qu’on transformera les territoires et non l’inverse ! Il faut pour cela appliquer résolument un principe: donner davantage aux jeunes enfants et aux adolescents les plus démunis de ressources familiales. Les marges de manoeuvre restent considérables pour améliorer les conditions de développement des tous jeunes enfants, les conditions de logement des adolescents, ou pour aider les jeunes adultes à se former plutot que d’entrer de façon précoce sur le marché du travail. L’ensemble de nos politique publiques pour la santé, le logement ou la formation peut être réorienté de manière à se concentrer réellement sur les jeunes les plus démunis et à éviter de se disperser sur un trop grand nombre de bénéficiaires ou de territoires »
Il faut évidemment lire l’intégralité de ce court ouvrage. Chacun aura compris que ces propositions méritent une sérieuse réflexion, et pourraient conduire à une réorientation complète de nos politiques sociales.
Pour illustrer ce que cela pourrait donner si l’on prolongeait les conclusions d’Eric Maurin en espérant bien sur qu’il ne se soit pas entièrement trompé, j’ai réfléchi à la question de la carte scolaire, sur laquelle j’ai été plusieurs fois interrogé ces derniers jours suite aux déclarations de Ségolène Royal.
Les conclusions d’Eric Maurin pourraient mener par exemple au dispositif suivant, ciblé sur les individus et non sur les territoires: on pourrait ainsi imaginer qu’une partie (10%, 20%) des enfants et adolescents issus des milieux les plus défavorisés – ceci déterminé en fonction de critères sociaux de revenus etc.. – auraient le droit de choisir en priorité leur établissement scolaire avec des contraintes géographiques relachées, le reste des enfants restant eux sous contrainte de carte scolaire.
C’est bien sur juste une hypothèse, une « expérience de pensée » comme disent les physiciens.
A méditer.
Je reviendrai par ailleurs sur la question de la carte scolaire avec l’aide de mes camarades enseignants, reponsables de l’Education nationale et Parents d’élèves.
David Dornbusch, votre candidat député socialiste aux législatives 2007 Fontenay sous Bois, Saint Mandé, Vincennes.